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    La réinvention de l’économie de Maurice avec le cannabis médical et récréatif

     

    Amit BakhirtaFondateur et CEO, ANNEAU

     

    La légalisation du cannabis à l’Ile Maurice pourrait accroître la diversification, stimuler la croissance et aider à traiter sérieusement des maladies chroniques. La résistance locale persistera vraisemblablement – mais les retombées économiques que promet la légalisation et donc la commercialisation sont bien palpables. L’on ne saurait l’ignorer pour longtemps encore. En effet, les marchés sont tournés vers le futur et les bonnes graines de l’investissement donne toujours naissance à une industrie florissante.

    Le Cannabis: une industrie florissante 

    Cet article propose d’explorer le potentiel de ce produit pour des secteurs clés de l’économie mauricienne, en abordant succinctement tour à tour, l’industrie mondiale, l’évolution résolument nécessaire des différents secteurs de notre économie ainsi que les défis liés à l’établissement d’un marché réglementer, innovant et porteur de croissance.

    « Ce n’est pas la plus forte des espèces qui survivent, ni la plus intelligente, mais celle qui réagit le mieux au changement… » Charles Darwin

    Au niveau mondial, le soutien à une réforme pragmatique a franchi le point de basculement dans le courant dominant de l’opinion publique et politique. L’industrie du cannabis impactera pratiquement tous les secteurs de la consommation.

    Le cannabis en tant qu’industrie devrait atteindre les 166 milliards USD en 2025 en termes de vente mondiale. Dans la plus grande économie du monde, la plante devrait contribuer environ 80 milliards de dollars d’ici 2030. L’industrie canadienne du cannabis a représenté 14,256 milliards de dollars au produit intérieur brut du pays en décembre 2020 selon les derniers chiffres publiés par Statistique Canada. Ce marché devrait se développer à un taux de croissance annuel moyen de 26,7 % entre 2021 et 2028.

    Le marché européen du cannabis devrait connaître un taux de croissance annuel composé (TCAC) de 67,4 % pour atteindre 3,2 milliards d’euros d’ici 2025, selon un nouveau rapport de Prohibition Partners. Le marché africain du cannabis légal pourrait quant à lui valoir plus de 7,1 milliards de dollars par an d’ici 2023.

    Il est aussi à noter que des grandes marques de consommation ont déjà fait des percées dans le « nouvel or ». Des investissements conséquents sont injectés dans cette nouvelle industrie, par des entreprises réputées et bien établies, notamment dans les secteurs de la pharmacie, du tabac, des producteurs de boissons alcoolisées ou de biens de consommation. Par exemple, Constellation Brand, le fabricant des bières Corona, a conclu l’accord le plus conséquent à ce jour dans l’industrie après avoir investi pas moins de 4 milliards de dollars dans Canopy dans le cadre de son objectif de développement de boissons infusées au cannabis. La multinationale de la bière et fabricant de Budweiser, Anheuser-Busch In Bev (le plus grand producteur de bière au monde) a conclu un partenariat avec Tilray en décembre 2018. Les deux entreprises investiront jusqu’à 50 millions de dollars pour faire des recherches sur les boissons non alcoolisées contenant du THC et du CBD au Canada. Tilray a signé un partenariat mondial avec une division du géant pharmaceutique suisse Novartis AG pour développer et distribuer sa marijuana médicale dans les juridictions légales du monde entier. Au cours des cinq prochaines années, les revenus générés par le marché du cannabis médical aux États-Unis devraient presque doubler, passant de 8,5 milliards de dollars en 2020 à un peu plus de 16 milliards de dollars en 2025. Les deux géants que sont Pepsi et Coca-Cola surveillent de près l’évolution de ce marché pour le moment.

    Sur le continent africain, quelques-uns de nos voisins accueillent déjà les investisseurs internationaux, à l’instar du Lesotho, le Malawi et L’Afrique du Sud. D’autres pays comme la Zambie, le Zimbabwe, le Swaziland, l’Ouganda, et le Ghana se préparent pour ouvrir l’investissement dans ce nouveau secteur de l’économie.

    Le gouvernement mauricien a déjà pris acte de l’évolution de ce marché  avec le comité technique récemment créé par le ministère de la Santé et du Bien-être pour évaluer et faire des recommandations sur l’utilisation du cannabis médical. Le potentiel du secteur cannabis est déjà en pleine exploration au niveau mondial. L’ile Maurice doit se préparer dès maintenant à façonner de manière efficace les industries du cannabis médical, cosmétiques, récréatif et du chanvre industriel qu’on souhaiterait pour l’avenir afin d’éviter d’avoir à courir sur le quai derrière le train.

    Tout commence par un cadre réglementaire robuste et proactif

    Un secteur prospère de toute économie a besoin d’une base robuste, juste et équitable. Ainsi, l’élaboration des politiques publiques reste fondamentale. La bonne nouvelle est que nous n’avons pas besoin de réinventer la roue. Sur le plan international, plusieurs législations sur le cannabis médical et récréatif existent maintenant depuis plus de quelques décennies.  Elles ont été généralement testées, modifiées et enrichies. Des modèles commerciaux, opérationnels et de chaîne d’approvisionnement réels et rentables fonctionnent déjà. Nous avons simplement besoin de ‘leap frog’, et cela intelligemment. Ne pas inventer mais plutôt se réinventer.

    Une approche globale concernant le cannabis et les produits dérivés du cannabis est de traiter ces produits comme tous les autres. De ce fait, le cadre législatif existant en ce qui concerne d’autres produits pourrait facilement encadrer le cannabis afin de protéger les patients du cannabis médical, d’assurer un contrôle de la qualité des produits, protéger la santé publique et ainsi favoriser la confiance des consommateurs.

    En ce qui concerne l’élaboration d’une loi sur le cannabis contrôlant, réglementant, autorisant la production, la recherche et le développement – le pays a déjà en place des lois mais aussi des instituts de recherche pour la canne à sucre et d’autres cultures. Par ailleurs, des modifications au ‘Dangerous Drug Act 2000’ seront requises et accessoirement à d’autres lois afin de constituer le cadre règlementaire du cannabis. Le Consumer Protection Act pourrait également contenir des dispositions quant à la commercialisation (y compris la publicité intérieure / extérieure, l’emballage, etc.) et la distribution du cannabis. Les nouveaux produits comestibles à base de cannabis sont susceptibles de représenter un énorme bassin de consommateurs étant donné que le marché des non-fumeurs doublera vraisemblablement – les chiffres au Canada témoignent l’ingestion des produits comestibles post légalisation tant bien chez les femmes que les hommes. Aussi, selon un rapport de Deloitte, cette légalisation devrait attirer de plus en plus de consommateurs autres que ceux ayant déjà eu recours au marché parallèle, y compris parmi une population considérée plus « conservatrice » vis-à-vis de son usage.

    En sus des modifications apportées aux réglementations relatives à l’alimentation et à la sécurité, d’autres modifications dans le secteur des soins de santé et des services bancaires / financiers seront essentielles. Par ailleurs, l’ingéniosité fiscale sera cruciale dans la mesure où l’imposition fiscale des bénéfices et la taxe sur la valeur ajoutée devront s’adapter afin de ne pas rendre le prix de revente trop élevé ce qui aurait pour effet de conserver/alimenter un marché parallèle illicite.

    La réinvention de notre destination touristique et gastronomique

    La concurrence mondiale entre les destinations touristiques devient de plus en plus accrue et la destination “Ile Maurice” doit se remettre constamment en question et être disposée à s’adapter à l’évolution des marchés.

    Le cannabis a le potentiel de réinventer  complètement nos industries du tourisme médical et récréatif. Avec l’émergence de la Canna gastronomie à l’échelle Michelin dans le monde, nous avons l’opportunité de valoriser notre gastronomie locale mais aussi ses chaînes d’approvisionnement. Le tourisme du cannabis devrait pouvoir profiter à la fois des souches mauriciennes locales mais aussi, pourquoi pas des variétés de renommée internationale (et donc de la réglementation des exportations et des importations, y compris les droits d’accise – étendue aux produits comestibles) et cela devrait être couplé par une stratégie « payante » d’événements et de divertissement – un autre secteur sous-jacent potentiellement porteur, qui sera booster par cette réinvention socio-économique.

    Compte tenu de la récente légalisation du cannabis récréatif il n’y a pas de réponse claire lorsqu’il s’agit de tracer la voie à suivre. Néanmoins, une comparaison peut être faite avec des produits similaires, tels que les circuits des vignobles en France ou Amsterdam pour sa fameuse bière Heineken. Localement, l’industrie touristique pourrait adapter certains de ces paramètres et proposer d’autres expériences telle que : restaurants proposant des menus infusés au cannabis, café et boulangeries proposant des comestibles infusés au cannabis, Spas au cannabis et chambres d’hôtels ‘cannabis friendly”.

    Sucre bas et cannabis élevé pour notre agriculture en déclin

    Globalement, et plus particulièrement dans les pays d’exportations de notre sucre, il existe une inclinaison structurelle vers les alternatives au sucre et une prise de conscience de l’effet préjudiciable d’une surconsommation de sucre. Même au niveau local, les autorités ont une taxe sur les produits sucrés caloriques, pour tenter d’en infléchir la consommation.

    La tendance culturelle et commerciale est préoccupante pour  le secteur agricole de base du pays. Il ne s’agit pas de remplacer toute la canne à sucre par du chanvre. En effet, les progrès de la génétique agricole, y compris la culture, permettent désormais de cultiver plus efficacement la plante du Cannabis à plus haut rendement, avec l’utilisation de la culture hydroponique et de la haute technologie. Le monde développé a déjà vu l’émergence de nouveaux canna-entrepreneurs agricoles mais aussi dans les domaines de la santé, des consommables, financiers, et du détail.  Ce nouveau secteur, nous démontre sur une base empirique, qu’il peut être créateur de richesse et d’emploi. A titre d’exemple, le secteur du cannabis de Washington a contribué à hauteur de 1,85 milliard de dollars au produit brut de l’État et a soutenu directement et indirectement près de 18,700 emplois équivalents temps plein. Une ile Maurice plus verte a besoin d’une agriculture plus intelligente et rentable, pas moins.

    La souche mauricienne et le secteur manufacturier

    Le marché d’exportation d’une “variété de chanvre mauricien” a du potentiel. Une stratégie adaptée pourrait voir des personnes aux États-Unis, au Canada, en Europe, en Afrique ou en Asie goûter ou apprécier la «variété mauricienne». Pour assurer une compétitivité durable, il faudra assurer la consistance de sa qualité et de son rendement. Il sera donc essentiel de réglementer la ‘qualité’ de la « souche mauricienne ».

    Un système d’appellation d’origine permettrait d’asseoir cette compétitivité. La demande inhérente de diverses variétés « locales » au niveau mondial pourrait devenir en elle-même un marché digne d’intérêt, car les nuances des différentes variétés, tout comme le bon vin, appartiennent au sol et à l’écosystème dans lesquels il est cultivé et a muté au fil du temps.

    Le potentiel du chanvre pour la résurgence du secteur manufacturier mauricien est triple :

    1. Le textile de chanvre existe depuis des siècles et gagne à nouveau en importance. Le secteur textile existant pourrait l’exploiter. En effet, on peut constater que l’industrie chinoise du chanvre avance déjà à un rythme accéléré.
    2. Le cannabis médical permettrait au pays d’attirer des investissements dans une industrie pharmacologique naissante.
    3. Les produits comestibles et non comestibles sont susceptibles de présenter des possibilités de fabrication et d’exportation prometteuses.

    Ces potentiels de développement multisectoriel pour le chanvre et les flux qui pourraient en résulter pourront également aider à resserrer les doubles écarts de nos déficit jumeaux (compte courant et fiscale) ; à la fois d’un point de vue qualitatif mais aussi nominal.

    C’est ainsi que notre stratégie budgétaire repousse Moody’s

    Compte tenu du ralentissement économique actuel, à moins d’heurter la valeur de notre monnaie par le biais de son impression incontrôlée, la marge de manœuvre de l’exécutif est extrêmement mince. Ainsi, une réinvention de notre économie menée par le cannabis médicale et récréatif a le potentiel de resserrer nos déficits budgétaire et courant grâce à une base de revenus budgétaires directe et indirecte (effet multiplicateur) raisonnablement plus durable. Un supplément de 10% des recettes fiscales, pour commencer, est déjà une perspective extrêmement positive. Tout commence toujours avec le premier 1%, le premier pas !

    Recettes Fiscales du gouvernment – Maurice 2015/16-2019/20

    Ile Maurice, bienvenue au 21e siècle.

    Des mesures audacieuses sont parfois nécessaires dans les moments difficiles. Alors que l’ile Maurice est confrontée à de nombreuses tempêtes géopolitiques, fiscales et socio-économiques, il semble opportun d’utiliser la crise comme une opportunité pour réinventer son économie vers une prospérité durable pour les générations futures.

    « Je patine là où la rondelle ira, non vers où elle se trouvait. » Wayne Gretzky.

     

    Charles Telfair Centre is an independent nonpartisan not for profit organisation and does not take specific positions. All views, positions, and conclusions expressed in our publications are solely those of the author(s).

    Main Photo by Aphiwat chuangchoem from Pexels

    1 COMMENT

    1. Une Légalisation Socialement Responsable.

      Depuis 2016 déjà, FREEDOM a proposé la légalisation du Gandia à des fins récréative, médicales, religieuse et industrielle.

      Notre proposition pour l’usage récréatif inclus une tax sociale à la hauteur de Rs. 45.00/g qui générerait environs Rs. 6 milliards par an pour un prix au détail de Rs. 100/g. Cet argent servirait à financer exclusivement des projets sociaux dans divers domaines dont le logement, la santé, le sport, l’éducations des autrements capables, l’enseignment de la musique et d’autres encore.

      Nous avions envoyé nos propositions au PMO, mais le PM ne nous a jamais répondu. Même pas un avis de réception.

      Dans quelques jours, nous republierons la proposition. Nous allons rien y changer parceque nous constatons qu’il n’y a rien à changer, sauf la date.

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